Comprendre le chemin de ferLes attelages |
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| Quand vous regardez passer un train, que remarquez-vous? Les puissantes locomotives à l'avant, se servant de tous leurs chevaux vapeur pour tirer cette longue ligne de wagons. Ce qu'on remarque moins, c'est que tous ces wagons, s'étirant parfois sur plus de deux kilomètres, et transportant des milliers de tonnes de marchandises, ne se sont retenus entre eux que par des attelages mesurant moins de 30 cm de diamètre. Ils semblent ridiculement petits pour la tâche, et pourtant. Historique Au début du chemin de fer, on a rapidement compris que le lien devant unir les véhicules entre eux devait être solide, durable, et pouvoir se faire et défaire aisément. Il devait aussi avoir une certaine flexibilité parce que l'axe entre les wagons change dans les courbes. Lien et cheville
L'image ci-haut montre un système lien et cheville avec le lien (en rouge), et la cheville (en vert) en place. L'image ci-bas nous montre la même vue de dessus.
Son principe était assez simple : au centre de la plate-forme de chaque wagon, à leur bout, il y avait une « poche ». Cette poche de fonte était munie d'un trou sur son dessus. On insérait dans cette poche un anneau oblong, connu sous le nom de lien (link). Puis, une cheville, ou pin (tige d'acier) était entré dans le trou de la poche, puis venait passer dans l'anneau, l'empêchant de ressortir de la poche. Il ne restait qu'à approcher l'autre wagon et introduire l'autre bout du lien dans l'autre poche, l'y bloquer avec une cheville, et voilà, les deux wagons étaient attachés ensemble. Pour parvenir à mettre la cheville dans le trou du wagon récepteur, le serre-frein devait se trouver entre les deux wagons, et bien qu'il existait un bâton de bois pour tenir la cheville en place jusqu'au moment de la faire tomber dans le trou, plusieurs employés se servaient de leur main. Avec les risques que cela comportait. Plusieurs cheminots ont ainsi perdu, des doigts, des mains, et parfois même la vie. Aux États-Unis, uniquement en 1888, 518 serre-freins ont perdus la vie en attachant deux wagons ensemble. Vers la fin du 19e siècle, 38% des accidents du chemin de fer était relié au système de lien et cheville, soit environ 11 000 accidents. Devant un tel constat, le Congrès américain passa une loi en 1893 qui obligea l'industrie à trouver une solution de compromis pour l'attelage automatique (sans intervention humaine) des wagons de chemin de fer. Sans compter les nombreux désavantages du système de lien et cheville :
La loi américaine a immédiatement créé un engouement de la part de tous les inventeurs pour trouver une solution de rechange à ce problème. Plus de 8000 brevets ont alors été déposés, en quelques années seulement. L'industrie a choisi de se tourner vers une invention de 1873, breveté par un préposé aux marchandises, et ancien officier de l'Armée de l'Union, un nommé Eli H. Janney.
L'attelage de Janney
Cette invention sera adoptée en Amérique, mais pas en Europe, où le système de crochet et de chaîne demeurera le plus populaire jusqu'à nos jours. Même si cette invention d'une importance capitale pour le chemin est plus que centenaire, elle n'a pas beaucoup évolué. Elle est simple, facile à entretenir et fabriquer, et surtout, elle est très efficace. Encore aujourd'hui, la recherche dans ce domaine se concentre sur les techniques de fabrication et les matériaux utilisés pour améliorer la résistance de l'attelage. La recherche pour améliorer ce design presque parfait n'a pas donné de grands succès. Même si le principe de fonctionnement n'a pas évolué depuis sa création, le design de l'attelage Janney a été modifié légèrement au cours du temps, de façon telle qu'aujourd'hui, il serait impossible de connecter ensemble un attelage moderne et un attelage de Janney original. Les attelages modernes Le type E est encore très courant de nos jours. On le rencontre sur la plupart des wagons pour le service régulier des marchandises, comme les fourgons (boxcar), les wagons-trémie et certaines locomotives. Type D Le type D a été adopté en 1916, avec une hauteur de 9 pouces. Cette hauteur avait déjà été établie auparavant sur le modèle MCB5, datant de 1904. Lorsque le type E a commencé à être fabriqué en 1930, on a vite cessé la production d'attache de type D. En 1934, deux après l'adoption officielle du type E comme étant le nouveau standard, le type D était abandonné, et on en cessa toute production. Type H Ce type d'attache fut développé à l'origine pour les wagons de passagers légers, dits lightweight. Les attaches standards apportaient non seulement un inconfort à chaque accélération ou arrêt du train, mais causaient un bruit très irritant. En 1947, nous sommes à l'apogée du transport de passagers sur rail. Et le train est vendu comme un moyen luxueux de traverser le contient. Il fallait trouver un moyen de contourner ces irritants. Son design lui a cependant valu une place de choix encore plus importante sur le plan de la sécurité. Le type H est le type d'attache par excellence pour empêcher la mise en porte-feuille des wagons lors d'un déraillement. Ce type d'attache amoindri aussi les chances qu'un wagon se tourne sur le côté s'il venait à quitter les rails Quelque temps après son lancement le type H est devenu obligatoire sur toutes les voitures passager circulant sur nos voies. Il est encore de mise, sauf dans les cas où les wagons utilisent des attaches automatiques comme les Shaku. Son design n'est plas réglementé par l'AAR, mais plutôt par L'American Passenger Train Association (APTA), qui a pris le relais de l'AAR dans la réglementation des trains de passagers. Type F
Les attelages de type F sont des attelages interverrouillés (interlocking). Une partie de la tête, opposée au côté de la mâchoire d'attelage, est protubérante. Sur le côté inverse, une cavité permet de recevoir la partie protubérante. Lorsque deux attelages de type F sont attelés, chaque partie protubérante va s'insérer dans la cavité de l'autre attelage. Cette caractéristique empêche les attelages de se dételer verticalement, en plus de réduire le jeu des attelages à la hauteur des mâchoires d'attelage. Les attelages sont souvent fabriqués avec des variantes plus ou moins importantes, selon l'utilisation qu'on veut en faire. Dans le cas des types F, comme il s'agit des attelages très communs, les variantes sont diverses. Parmi les plus populaires, on retrouve: l'attelage standard, l'attelage de type F à double plateau, et l'attelage rotatif. Dans ce dernier cas, l'attelage peut pivoter librement, ou sur une distance de 180 degrés, dans l'axe horizontal, à l'intérieur de l'étrier (yoke). On sert de ce type d'attelage sur les wagons-tomberaux, déchargés dans un culbuteur. Le culbuteur est un système de déchargement qui fait pivoter le wagon de 180 degrés sur lui-même, dans l'axe horizontal. Lorsque le wagon est muni d'un attelage rotatif, on peut exécuter cette opération sans avoir à dételer le wagon du train.
Autre type d'attelage Il faut aussi mentionner que plusieurs hybrides existent, comme le type E/F, ou le type F/H, qui sont des attelages conçus avec des caractériques de l'un ou l'autre des « parents ». Anatomie d'un attelage de type F
Mâchoir (knuckle): La mâchoire de l'attelage, c'est la partie mobile qui se referme pour retenir l'attelage de l'autre wagon. Une fois fermée, elle est bloquée au moyen de l'axe de la mâchoire (knuckle lock). Corps d'attelage (coupler body): Le corps, c'est la pièce moulée qui sert à la fois de guide pour fermer la mâchoire de l'attelage avec laquelle le wagon est attelé, et qui sert aussi de soutient à la mâchoire d'attelage. La partie arrondie du corps d'attelage s'appelle la tête de l'attelage, alors que la partie qui s'étend vers l'arrière, et qui entre dans l'appareil de traction s'appelle un bras d'attelage, ou un plongeur. Verrou d'attelage (coupler lock, ou knuckle lock): Le verrou d'attelage sert à maintenir en position fermée la mâchoire d'attelage. Sous l'impact d'un autre attelage, le verrou se met en place par gravité. Aucune intervention humaine n'est requise. Une fois le verrou en place, la mâchoire ne peut plus pivoter, et l'attelage est verrouillé. Pour dételer des wagons, il faut faire remonter le verrou d'attelage, ce qui va permettre à la mâchoire de pivoter de nouveau, et ainsi libérer l'autre attelage. Plateau (support shelf): Un attelage peut être à simple, ou double plateau. Le plateau est moulé à même le corps d'attelage, est sert à empêcher les découplements involontaires dans l'axe vertical. Il très souvent utilisé sur les wagons-citernes (double plateau), les wagons porte-conteneurs et les wagons transportant de la marchandise en vrac. Le plateau sert aussi à retenir l'autre attelage en cas où ce dernier se détacherait de son wagon. En le retenant, l'attelage détaché ne tombera pas au sol, ce qui pourrait causer un déraillement. Levier de dételage (uncoupling lever): Le levier de dételage est composé d'une tige d'un pouce de diamètre, qui prend naissance sur le côté du wagon, et se prolonge jusqu'au sommet de l'attelage. Là, il est attaché au verrou d'attelage. En levant le levier, on désengage le verrou d'attelage, ce qui permet à la mâchoire d'attelage de libérer l'autre attelage, et ainsi séparer les wagons. Certains leviers de dételage sont attachés à la base du verrou et le pousse vers le haut, au lieu de le tirer. Appareil de traction (draft pocket): L'appareil de traction est attaché à la longerine centrale du wagon (center sill). La forme de l'appareil de traction est généralement rectangulaire. L'attelage s'y glisse et y est retenu par l'étrier d'attelage. L'étrier d'attelage, de même que le bras d'attelage, peut bouger dans l'axe horizontal sur une certaine distance. Ce mouvement permet à l'attelage de transférer les chocs, lors de manoeuvres d'accostage, ou lorsque les locomotives tractent le train, à un système d'amortissement (draft gear). Ce système d'amortissement se trouve à l'intérieur de l'appareil de traction. L'énergie des chocs est transformée en chaleur, afin de réduire les secousses transmises au châssis du wagon. Au début, on se servait de ressorts. De nos jours, des technologies comme des amortisseurs à friction, ou hydraulique, permettent un meilleur rendement. Avec les parties mobiles des attelages, le système d'amortissement et l'usure des pièces, le jeu des attelages peut facilement atteindre plusieurs pouces.
Ajoutons à cela quelques pouces dus à l'usure des pièces. Un attelage compressé au maximum peut parcourir jusqu'à un pied avant d'atteindre sa pleine extension, et transmettre toute la force de traction au wagon. Comme il y a deux attelages par wagon, le jeu des attelages peut être aussi grand que deux pieds par wagon. Sur un train de 100 wagons, ça veut dire que dans le cas où tous les attelages sont compressés au maximum (suite à un freinage rhéostatique, par exemple), la locomotive peut parcourir plus de 200 pieds (61 mètres, soit la longueur de quatre camions semi-remorque) avant que le dernier wagon soit tracté. En 200 pieds, la locomotive peut atteindre une vitesse de 5 à 8 mi/h. Le dernier wagon recevra donc instantanément une force de traction de 5mi/h, ce qui peut faire rompre la mâchoire de son attelage.
Pour minimiser les risques de rupture de mâchoire d'attelage et de bris à la marchandise transportée, plusieurs wagons sont munis d'amortisseurs. Ces amortisseurs fonctionnent sur un principe hydraulique, contrairement à la majorité des systèmes d'amortissement qui fonctionnent avec la friction. Leur principe de fonctionnement repose sur la même technologie que les jambes de force des automobiles : un piston sur lequel on a percé des trous bouge dans un cylindre rempli d'huile. Lorsque le piston est poussé par l'attelage, l'huile doit se rendre de l'autre côté du piston en passant par les petits trous à l'intérieur de ce dernier. Les trous étant trop petits pour laisser passer toute l'huile d'un coup, ça pour effet de ralentir le mouvement. De plus, les pistons ont une course variant de 10 à 20 pouces, contrairement aux systèmes d'amortissement traditionnels, qui ont une course d'au maximum 4 pouces trois-quarts. Le piston est retourné à sa place d'origine par des ressorts. Étrier d'attelage (yoke): L'étrier d'attelage est la pièce qui retient le bras d'attelage à l'appareil de traction.. Le bras d'attelage est maintenu en place par les clavettes d'attelage lorsque l'attelage est en traction. Pendant les phases de compression, l'étrier est poussé au fond de l'appareil de traction, où il transfert la force de compression. L'étrier d'attelage sert aussi à permettre un mouvement latéral au bras d'attelage, afin que le wagon puisse négocier les courbes sans faire dérailler le wagon précédent. Sur les attelages rotatifs, c'est l'étrier d'attelage qui permet la rotation de l'assemblage.
Rupture d'attelage
Lorsque la force de traction est trop grande pour ce que peut subir le wagon et ses attelages, c'st la mâchoire de l'attelage qui cède en premier. Son importance est stratégique. Si la mâchoire résiste, la cassure peut survenir au niveau de l'appareil de traction. Dans ce cas, c'est tout l'assemblage de l'attelage qui va tomber sur l'emprise ferroviaire. Non seulement ce bris entraîne une réparation qui ne peut se faire sur place (un attelage de type F pèse 563 lb), mais ça crée une menace réelle à la sécurité ferroviaire. En Amérique du Nord, selon les normes de l'AAR, rien ne doit dépasser de plus de 2 pouces et demi la hauteur du rail. Or, un attelage de type F reposant entre les rails dépassera de plus de 7 pouces et demi la hauteur des rails, causant un risque que l'attelage soit heurté par un train. Même si la rupture d'un bras d'attelage, ou d'une clavette d'attelage n'est pas fréquente, les attelages à simple plateau permettent de retenir l'attelage brisé sur l'autre wagon, empêchant ainsi un déraillement lorsque le wagon roulerait sur l'attelage brisé, tombé entre les rails ou sur ceux-ci. Les attelages à double plateau ont les mêmes avantages que ceux à simple plateau, en plus de prévenir un dételage en cas de déraillement. On s'en sert sur les wagons-citernes, pour empêcher qu'un attelage perfore l'enveloppe d'une citerne. Les mâchoires d'attelage sont fabriquées selon divers procédés, et avec différents métaux. Il est difficile de prévoir exactement à quelle force ils vont se rompre. De façon générale, on peut dire que la grande majorité des mâchoires d'attelage vont résister à une traction de 300 000 lb de pression, et que très peu résisteront à une pression supérieure à 450 000 lb. Ces chiffres peuvent sembler faibles vu le poids de plusieurs milliers de tonnes que peut atteindre un train. Mais il faut se souvenir que les attalges n'exercent qu'une force horizontale. Selon la formule de Davis, un wagon typique moyen pesant 25 tonnes à vide a besoin de 288 lb de pression pour faire bouger le wagon. Le même wagon, chargé de 100 tonnes de minerais, à besoin de 523 lb. Pour un train de 100 wagons, la charge est donc de 52 300 lb de pression appliquée sur les attelages. Soit un sixième de la pression pour laquelle la mâchoire d'attelage est conçue. Évidemment, la pression demandée augmente avec les pentes, les courbes, le vent, l'état de la voie, etc. Lorsque la mâchoire d'attelage se rompt, elle doit être remplacée. Cette opération peut se faire par un cheminot, à peu près n'importe où. L'opération est la suivante:
Lors du remplacement complet de l'attelage (mâchoire, tête, bras, étrier), qui se fait normalement en atelier, on doit respecter le type d'attelage. Pour s'en assurer, un attelage doit être remplacé par un attelage affichant le même numéro de modèle. Le numéro de modèle, forgé à même la tête d'attelage sur sa partie supérieure, se lit comme suit: E60CHT.
Hauteur Barre de traction Les barres de traction offrent de nombreux avantages sur les attelages conventionnels:
Opération d'accostage
Opération de découplement
Le tableau suivant résume les manoeuvres qui sont autorisées, ou non, lors d'un attelage.
Autre type d'attelage Attelage complètement automatique Les attelages complètement automatiques s'occupent de toutes les connexions : mécaniques, pneumatiques, hydrauliques et électriques. On les retrouve principalement dans les systèmes de transport en commun, comme les métros et certains trains de banlieue. Ces systèmes portent des noms comme Scharfenberg (surnommé Shaku), TightLok, Wedgelock, Dellner et BSI. Leur nom est souvent celui de l'inventeur.
Le plus commun, le Scharfenberg, est utilisé au Québec sur le métro de Montréal. Les voitures de type Renaissance de VIA utilise aussi ce type d'attelage, sauf que les connections pneumatiques et électriques se font manuellement par des boyaux et câbles traditionnels. Le Shaku est composé d'une tête sur laquelle on retrouve une cavité, et un embout conique qui a les mêmes dimensions que la cavité, des contacts électriques et des connecteurs pneumatiques. Comme les attelages sont symétriques, les embouts coniques peuvent s'encastrer dans la cavité de l'autre attelage. Un petit cylindre hydraulique vient verrouiller les embouts qui sont à l'intérieur de la cavité.
Le dételage est aussi automatique, puisque les cylindres de verrouillage peuvent être opérés depuis l'intérieur du matériel roulant. Liens et cheville Amortisseurs et chaînes Des amortisseurs situés à chaque bout de wagon empêchent que les employés soient écrasés entre deux wagons. De plus, les amortisseurs garantissent une tension constante sur la chaîne.
Pour pallier aux éventuelles brisures de la chaîne, certaines compagnies ajoutent des chaînes régulières, un peu comme sur nos remorques d'automobiles. Le principal inconvénient rencontré avec ce système, c'est lorsque le train négocie des courbes prononcées, les amortisseurs peuvent se chevaucher, et rester prit ensemble. Lorsque le train reviendra sur une voie en alignement, soit qu'un amortisseur cédera, soit que le wagon déraillera. Cette éventualité est cependant très rare. Wagon de transition En Europe, où les types d'attelage sont plus variés, certaines locomotives sont munies de deux, voire trois types d'attelages différents. Comparaison
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