Comprendre le chemin de ferLes ponts ferroviaires |
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| Pourquoi un pont?
Un des avantages qui a fait progresser le chemin de fer de façon fulgurante au début des années 1800, fut sa capacité à tirer d'importantes charges. Mais voilà: si on tire d'importantes charges, ça veut aussi dire qu'on ne peut pas monter ou descendre de pentes abruptes. Ni flotter sur l'eau. Dès ses débuts, le chemin de fer a imposé ses conditions: construire des tunnels, et des ponts! On est bien loin des premiers ponts qui n'étaient que des arbres couchés au travers du cours d'eau. Mais si les ponts d'aujourd'hui semblent des enchevêtrements incompréhensibles de poutres et de câbles, il n'existe pourtant que très peu de styles différents. Nous verrons les principaux dans cette page. Un pont, si on en résume grossièrement la construction, c'est deux panneaux latéraux, composés de poutrelles, de solives, de câbles ou d'un mélange des trois, entre lesquelles repose un tablier. Les matériaux. Rappelons aussi qu'à l'époque, les ponts de bois étaient souvent victimes... des chemins de fer eux-mêmes! En effet, les locomotives à vapeur pouvaient cracher des tisons ardents, ou de la cendre, et mettre le feu à des broussailles se trouvant sous le pont, ou au pont lui-même. Le pont de bois flambait en quelques minutes à peine. Les ponts d'acier n'avaient pas ce problème. Une anecdote intéressante à ce sujet: les ponts sur chevalets étaient construits tout de bois, mais avec des chevalets d'acier de temps en temps, pour ne pas que le pont au complet brûle en cas d'incendie. On entreposait aussi des barils d'eau sur les nacelles du pont. Finalement, mentionnons que la Dominon Bridge, compagnie de Lachine, a longtemps été un des fleurons de notre industrie. C'est cette compagnie qui construisit les plus célèbres ponts de notre province (Pont de Québec, pont Pierre-Laporte, pont Jacques-Cartier, pont Champlain), et même le renommé Bay Bridge de San Francisco. Catégorie.
Les designs de pont Voyons en détail chaque design de pont. Commençons par les ponts de poutrelles. Warren
En 1848, James Warren, un anglais, et son comparse Willoughby Monzoni font breveter leur design de pont. Ce type est traditionnellement associé au chemin de fer, bien qu'il peut aussi être utilisé pour d'autres moyens de transport. On reconnaît facilement son design par les poutres qui forment des triangles isocèles ou équilatéraux entre elles (dessin du haut). Les poutres semblent aussi dessiner un "W", ce qui en facilite l'identification.
Par exemple, sur ce pont, on remarque que le nombre de "carrés" formés par les poutres est impair. Dans ce cas, le carré du centre reçoit une double division, pour en assurer la solidité, puisque la charge va se concentrer sur ce point.
Les ponts de type Warren devant recevoir une charge importante ont souvent des poutrelles doubles, ce qui forme un "X". On appelle ce type de pont un Warren quadrilatéral. Pratt Ce type de pont est celui qui a le mieux survécu à la transition pont de bois vers pont d'acier. Il demeure encore aujourd'hui le type de pont à poutrelles le plus répandu.
Le modèle Baltimore, que l'on voit ci-haut, est aussi appelé le modèle "Pratt subdivisé". L'ajout de poutrelles plus courtes au bas vient renforcer le lien avec le tablier du pont, qui peut alors supporter un poids plus lourd. Ces petites poutrelles, empêchent les poutres maîtresses en diagonale de se tordrent sous la charge qu'on leur demande de supporter. Par la suite, Charles H. Parker a modifié le type de base de ce pont pour en faire un type "Dos de chameau" (Parker Camelback Pratt Truss).
L'avantage de cette forme, c'est qu'on peut alléger la structure du pont, sans qu'il ne perde de sa force. La forme arrondie aide à propager le poids soutenu par le pont, sans que ce dernier ne force trop au même endroit. Finalement, chaque ingénieur est venu y mettre sa petite touche. Le modèle Pennsylvania, ci-dessous, est un exemple de pont de type Parker Camelback poussé un peu plus.
Lattice Fink et Bollman
Le pont de Wendell Bollman, quoiqu'assez semblable, a été dessiné expressément pour le chemin de fer Baltimore & Ohio. Il fut, à une certaine époque, très populaire dans l'Est américain, ce qui laisse penser qu'il y aurait peut-être eu quelques exemplaires de ce côté-ci de la frontière. Aujourd'hui, un seul représentant de cette espèce subsiste encore, à Savage, au Maryland.
Dans les deux cas, ce sont des tiges d'acier en tension qui assuraient la solidité de l'ouvrage. K truss
Whipple
Comme on l'a vue plus haut, la forme arrondie des panneaux latéraux rend la structure plus légère, sans la rendre moins efficace. On appliquera aussi ce principe au type Whipple. Ce profil de pont est bien connu.
Howe
Canteliver
Un autre type de pont canteliver est celui utilisé par les ponts Jacques-Cartier et Champlain, que nous ne verrons pas ici, parce qu'aucun chemin de fer au Québec ne les utilise. Par contre, le double canteliver, est bien connu des amateurs ferroviaires: le Pont de Québec!
Dans le cas du pont de Québec, la partie centrale est de type "dos de chameau". Ce pont est non seulement le plus grand pont de type canteliver au monde, mais il est aussi célèbre pour s'être effrondé deux fois durant son érection. Ponts sur solives
Le type à solive simple, comme celui ci-haut, se rencontre surtout au-dessus des petits ruisseaux, là où une calvette serait trop large, et un pont à solives et poutres, trop court.
Le pont à solives et poutres et certainement le type le plus vu dans nos villes. Deux grandes solives, reliées par des poutres, soutiennent un plancher de béton, lequel retient le ballast, et finalement, la voie. Il est aussi fréquent que les solives retiennent directement les traverses. Dans ce cas, les traverses sont doublés, afin que les rails ne bougent pas. Les rails sont posés normalement, c'est-à-dire que les traverses sur lesquelles elles reposent "flottent" sur le ballast. Les rails bougent indépendamment du pont.
Le dessin ci-dessous montre un type de pont assez répandu aussi, où les solives dépassent la hauteur du plancher.
Pont à bascule, levi et tournant. Il existe quelques types de ponts amovibles encore au Québec, mais ceux-ci se font de plus en plus rares. Ces ponts ont existé à cause du grand trafic ferroviaire et maritime qui a longtemps coexisté dans notre province. Aujourd'hui, comme exemple de pont levi, il reste le pont Victoria, sur la Voie maritime du St-Laurent, de même que le pont St-Laurent, à la hauteur de St-Constant. Quelques ponts tournants existent encore, comme celui du canal de Chambly, mais ces ponts sont presque tous remplacés par des ponts permanents lorsqu'ils brisent (comme le pont de Beloeil), ou que la voie ferrée devient hors service (ils sont alors carrément condamnés, comme le pont Wellington, à Montréal). Exemples illustrés Voici quelques exemples de photos de ponts. Tous ces ponts sont au Québec.
Cet exemple (ci-haut) montre bien comment deux types de ponts peuvent être intégrés ensemble. Deux pont à solives et poutres avec, au centre, un type Pratt.
Ce type de pont est un pont à solives simple. Des poutres d'acier font office de solives. Les traverses sont posées directement dessus. Ce pont est le pont du Canal Lachine, à Montréal. Autrefois, il s'agissait d'un pont tournant, ce qui explique l'agencement plutôt inhabituel des piliers. Le pilier du centre accueillait le système de pivot du pont.
Vous ne rêvez pas! Le pont est bel et bien croche! Il s'agit du pont de la rivière Chaudière, près de Charny, dont un des piliers plus que centenaire fut déplacé par un embâcle de glace au printemps 2004. On ne put remettre le pilier en place, alors on tassa le pont sur le pilier, après l'avoir solidifié dans sa position "croche".
Lorsqu'on parle de pont à solives et poutrelles, on voit très bien ici les solives, de chaque côté, et les poutrelles, formant un "X" à l'intérieur du pont. Notez que les traverses sont déjà installées sur le tablier. Ce pont remplace une section du pont de Beloeil. Les traverses ont été préinstallées pour réduire au minimum l'interruption du trafic ferroviaire.
Un exemple typique de "deck girder", c'est-à-dire de solives et poutres. Ce pont, de la catégorie "pony" est très connu. Les compagnies de chemins de fer se sont toujours fait un plaisir d'y apposer leur signature.
Toujours dans le style "deck girder", on a ici un exemple de pont où le bout des solives est arrondi.
Un pont de type solives et poutres, vu du tablier. On note facilement la présence des traverses doubles, des traverses allongées, des contre-rails, servant à maintenir une roue déraillée sur le pont, ainsi que, au loin, une des trois nacelles du pont pour permettre à une personne se faisant surprendre par un train de se réfugier. Noter que seulement une traverse sur deux est assujettie au pont. Une fine barre de métal, de chaque côté, empêche les traverses libres de bouger.
Un pont sur chevalet. Ce type de pont est généralement un pont à solive simple. Les chevalets permettent de soutenir le pont sur une très longue distance. Au tournant du siècle dernier, les chevalets étaient faits de bois sur la plupart des ponts de ce type. On les remplaça par des chevalets d'acier, plus solides, et résistants aux flammes. Il existe encore plusieurs ponts sur chevalet au Québec, la grande majorité étant de très petits ponts servant à enjamber de légères dépressions. Les deux ponts sur chevalets les plus connus: celui de Cap-Rouge, et celui de la rivière du Milieu, plus haut que celui de Cap-Rouge, de quelques pieds. De plus, ce dernier est en ligne droite, et en courbe.
Sur la photo ci-haut, toujours du pont de Cap-Rouge, notez les deux sections de gauche qui sont des sections de type Warren, par opposition aux autres sections, de type à solive simple. Une route et une rivière passent au bas de ce pont, ce qui explique la plus grande distance entre les chevalets. Tracel? Bien que les dictionnaires ne reconnaissent pas le mot "tracel", directement dérivé de l'anglais "trestle" (chevalet), il est largement utilisé dans le langage populaire, et reconnu comme québécisme.
Le pont tournant du canal de Chambly. Cette photo nous permet de facilement observer le tablier du pont et la façon dont les traverses y sont posées.
Le même pont, quelques minutes plus tard, pour voir passer un train. Le mécanisme pour tourner le pont se trouve sous la partie gauche du pont. Il n'y pas de contrepoids, vu la courte longueur du tablier. Le pont est manoeuvré à la main, contrairement au pont du CP, à St-Jean, toujours sur le Canal Chambly (cinq kilomètres en amont), qui lui, est actionné mécaniquement par un opérateur perché en permanence sur le pont.
Exemple de pont avec les panneaux latéraux légèrement arrondis, question d'alléger la superstructure. Ce pont est sur la rivière Nicolet, Bras Ouest, près de Drummondville.
Le pont de Beloeil est un bon exemple de structure situé sous le pont. L'agencement des poutres est de type Warren. On voit bien que l'espace restant sous le pont ne permet pas une circulation maritime aux embarcations volumineuses.
Comme il est dit dans l'explication sur le type Warren, ce pont est familièrement associé avec le chemin de fer. En voici un exemple, sur la rivière Matapédia. Le bout ouest du pont est au Québec, alors que le bout est, au Nouveau-Brunswick. |