Comprendre le chemin de ferLes tours et leur fonction |
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| Première parution dans les revues TRAQ No 9, No 10. Article reproduit avec autorisation. Auteur: Pierre L. Charron Les tours et leurs fonctions
Les lecteurs auront vite compris que ces deux tours correspondent à des fonctions fort différentes. Certains penseront aussi aux tours de Wellington et de St-Lambert à Montréal, ou se souviendront de celles situées le long de la voie qui traversait jusqu’en 1976 les quartiers St-Malo, St-Sauveur et St-Roch, pour atteindre la Gare du Palais. En fait, le mot «tour» correspond à plusieurs réalités dans le vocabulaire ferroviaire traditionnel québécois. Il provient de la traduction directe du mot anglais tower. Dans le vocabulaire anglais d’Amérique du Nord, ce mot désigne tous les édifices de petite superficie, mais d’au moins deux étages, d’où des préposé(e)s exercent diverses activités de contrôle des opérations ferroviaires. Il faut bien spécifier «anglais d’Amérique du Nord», car les cheminots britanniques
Bien entendu, une même tour pouvait remplir plus d’une fonction à la fois et nous en verrons des exemples. Un sujet d’une telle ampleur ne peut être traité d’un seul coup. Les gens du triage Joffre sont «gâtés» de disposer de la vue que leur offre leur tour pour diriger leurs opérations de triage. Bien qu’il existe des tours similaires ailleurs, la plupart des chefs de triages «plats» («flat yards»), ou légèrement inclinés, doivent se contenter de travailler au niveau du sol, à partir de bureaux de triage («yard office») souvent fort modestes. Il suffit de penser aux nombreuses gares de triage intermédiaires, jadis si actives, telles que Rivière-du-Loup, Mont-Joli ou Fitzpatrick sur le CN, de même que celles de Sherbrooke, Farnham ou Trois-Rivières sur le CP. Notons toutefois que ce dernier nous fournit un bel exemple d’un autre type d’installation à son triage d’Henri IV à Québec, où se trouve une large baie vitrée au second étage de l’édifice administratif. Par ailleurs, les buttes de triage automatisé («hump yards»), comme celles de Montréal (Taschereau du CN et St-Luc du CP), possèdaient nécessairement une tour au sommet de la bosse de débranchement des wagons. C’est du haut de Chose certaine, ces tours sont récentes si on considère la longue histoire du chemin de fer : la tour de Joffre date des années 50 tandis que les grands triages automatisés du Canada ont été construits après la seconde guerre mondiale. Au Québec, le triage de Saint-Luc date du début des années 50, tandis que le triage Taschereau du CN a été construit au tournant des années 60. Ces tours existent donc toujours et sont en service. Les tours et les ponts mobiles Qu’ils servent à des voies ferrées ou à des routes, ou aux deux à la fois, la plupart des ponts mobiles peuvent se classer en trois catégories. On distingue d’abord les ponts tournants, comme ceux du CN à Beloeil (NDLR: Ce pont a, depuis, été remplacé par un pont fixe), Chambly et Cantic, ainsi que celui du CP (maintenant «MMA») à Saint-Jean-sur-Richelieu. Viennent ensuite les ponts basculants (ou ponts-levis), comme celui du Bassin-Louise à Québec et les ponts routiers qui enjambaient le canal Lachine à Ville Saint-Pierre ; bien que très utilisés aux États-Unis, les ponts basculants ne semblent pas, du moins à la connaissance de l’auteur, avoir eu la faveur des chemins de fer au Québec. Il faut savoir qu’il existe entre les bateaux et les trains un rapport semblable à celui qui existe entre les trains et les automobiles: il est beaucoup plus difficile d’arrêter un bateau qu’un train, comme il est beaucoup plus difficile d’arrêter un train qu’une automobile. C’est pourquoi les bateaux ont toujours la priorité sur les trains, à moins qu’ils ne soient déjà arrêtés pour des opérations maritimes, comme c’est le cas à l’écluse de Saint-Lambert. Ainsi, même si la position normale du pont est fermée, les signaux ferroviaires restent au rouge jusqu’à ce que le préposé décide de donner la voie libre à un train, ce qu’il ne peut faire qu’après s’être assuré qu’aucun navire n’est en vue du pont.
Tel que précédemment mentionné, le gigantesque projet de la Voie Maritime du Saint-Laurent, a amené la construction de nombreux ponts mobiles ferroviaires et Un bel exemple se retrouve au pont levant situé à l’extrémité sud du pont du CP franchissant le Saint-Laurent entre Ville LaSalle et Kahnawake, juste à côté du pont Mercier. Les conditions de visibilité ont exigé la construction d’une tour de plusieurs étages, presque comparable à celle de Joffre. Le CP a alors pu en profiter pour y installer un panneau contrôlant les aiguillages et les signaux sur plusieurs milles de sa Subdivision Adirondack, ainsi que sa jonction avec le New York Central, (devenu le Penn-Central, puis Conrail et, finalement, CSX), antérieurement contrôlée par une tour annexée à la gare d’Adirondack-Jonction. C’est pourquoi on affecta à cette tour du personnel à l’année longue, appartenant au corps d’emploi des «opérateurs télégraphistes».
Par ailleurs, tous ceux et celles qui voyagent par les trains de VIA entre Québec et Montréal, connaissent bien l’écluse de Saint-Lambert à l’extrémité sud du Pont Bien que le but premier de cet article soit de traiter des tours, il donne l’occasion de mentionner que les ponts mobiles furent jadis très nombreux dans certaines régions du Québec. Outre ceux déjà mentionnés, on peut penser aux autres ponts tournants qui ont enjambé le Richelieu et le canal de Chambly, de Sorel jusqu’à la frontière américaine, sur des voies ferrées qui ont été abandonnées. Lors de la colonisation de l’Abitibi dans les années 20 et 30, certaines rivières furent désignées voies navigables, si bien que la Subdivision Val D’Or du CN comptait au moins un pont tournant. Plus près de nous, tous ceux et celles qui ont déjà emprunté la route 138 entre Québec et Trois-Rivières ont sans doute remarqué que le pont métallique sur la rivière Batiscan, avait été conçu pour s’ouvrir. En jetant un coup d’oeil vers le nord, on peut aussi constater que le pont |